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L'est de l'Ukraine, ou le risque d'un nouveau conflit gelé par Moscou

Rédigé le 06/12/2019
AFP


Moscou - Après trois ans de hiatus, Paris accueille lundi des pourparlers de paix sur la guerre dans l'est de l'Ukraine. Mais certaines tactiques employées par Moscou laissent craindre que, comme ailleurs en ex-URSS, le conflit se retrouve gelé.

Pour sa première rencontre avec Vladimir Poutine, afin de négocier une solution politique aux séparatismes en territoire ukrainien des deux républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk, le président Volodymyr Zelensky aura très certainement en tête les sécessionnistes prorusses de Transdniestrie, d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud.

Moscou a en effet usé dans ces régions de son influence pour perturber d'ex-républiques soviétiques indisciplinées, la Géorgie et la Moldavie.

La chute de l'URSS en 1991 a libéré des nationalismes, d'autant que les frontières dessinées par le pouvoir soviétique attisaient parfois des tensions ethniques et linguistiques.

En Russie, Moscou a écrasé l'indépendantisme tchétchène, mais ailleurs, les Russes ont alimenté les séparatismes.

En Géorgie, dès le début des années 1990, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud font sécession à l'issue de conflits armés, sous l'oeil bienveillant de Moscou. Et lorsqu'en 2003 un président géorgien, Mikheïl Saakashvili, promet l'intégration dans l'Otan et l'UE, la Russie intensifie son soutien aux deux entités séparatistes.

La tentative en 2008 de la Géorgie de reprendre l'Ossétie du Sud par la force s'est transformée en débâcle avec l'intervention militaire de la Russie, puis sa reconnaissance officielle des indépendances sud-ossète et abkhaze.

Autre cas, la Moldavie qui redécouvre à la fin de l'URSS son identité roumaine. L'est du pays, la Transdniestrie, bande de terre russophone et russophile, se rebelle et impose, avec le soutien d'unités de l'armée russe, de facto son indépendance à l'issue d'une guerre (1991-1992).

En Ukraine, un schéma similaire apparaît beaucoup plus tard, en 2014. D'abord en Crimée, annexée par la Russie après qu'une révolte pro-occidentale à Kiev eut chassé le président pro-russe.

Dans la foulée, des mouvements séparatistes très bien armés émergent de nulle part à Donetsk et Lougansk, régions plutôt russophones frontalières de la Russie. Deux républiques sont proclamées, entraînant le conflit armé actuel.

Moscou use de différents outils pour exercer son influence dans ces régions.

D'un point de vue économique, la Russie est le grand partenaire. En Abkhazie via le tourisme ou les agrumes. L'Ossétie du Sud a elle vu son économie intégrée à celle de l'Ossétie du Nord, la région russe voisine. L'industrie de la Transdniestrie survit pour sa part grâce à des matières premières russes ultra-subventionnés, le gaz en particulier.

Abkhazes, Ossètes et Transdniestriens reçoivent aussi facilement des passeports russes, des aides sociales voire même des retraites.

Dans l'est de l'Ukraine, les choses se développent de manière similaire. Des dizaines de convois humanitaires ont été organisés, et au moins 170.000 passeports russes y ont été délivrés. Des versements d'aides sociales et de pensions ont aussi été documentés.

Qu'il s'agisse de l'Abkhazie, de l'Ossétie du Sud ou de la Transdniestrie, ces conflits sont aujourd'hui paralysés. Et Moscou ne s'en plaint guère: ses proches y sont au pouvoir et ses forces armées présentes.

La Moldavie et la Géorgie ont dû revoir leurs ambitions d'intégration européenne ou atlantiste, d'autant que ni l'UE ni l'Otan ne veulent les accueillir tant que ces conflits territoriaux ne sont pas réglés.

Dans les deux cas, des formats de négociations internationales existent. Mais c'est le statu quo. En décembre, ce sera la 50e séance en 11 ans des discussions de Genève (GID) sur la Géorgie. Pour la Moldavie, le format 5+2, relancé en 2011, n'a donné lieu à aucune avancée.

En Ukraine, les choses n'en sont pas encore là, et il est plus coûteux et difficile de maintenir une influence à long terme dans un pays de 42 millions d'habitants, soutenu militairement et financièrement par l'Occident.

Mais d'ores et déjà, l'adoption des accords de paix de Minsk en 2015 a transformé cette guerre ouverte en conflit à basse intensité, sans que le règlement politique n'avance d'un iota.