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2019 : l'année où la rue a pris le dessus sur le débat politique en France

Rédigé le 16/12/2019
MAP - Jalila AJAJA


Paris - L’année 2019 aura démarré comme elle aura fini en France, rythmée par des manifestations à répétition contre la politique du gouvernement, donnant lieu à une situation où le débat politique semble céder place à la rue.

Des « Gilets jaunes », aux « Stylos rouges » en référence aux enseignants en colère, en passant par les avocats, les médecins, les infirmiers, les cheminots, les routiers… et même les policiers, tout le monde bat le pavé dans l’hexagone, qui pour dénoncer la situation économique, qui pour réclamer une équité sociale, ou tout simplement exprimer un ras-le bol de la politique économique et sociale de l’exécutif.

Les « Gilets jaunes », qui ont fêté en novembre dernier leur premier anniversaire, ont ponctué la vie des Français, tout au long de 2019, alimentant l’essentiel des commentaires des médias et focalisant le débat politique dans l’hexagone.

Né sur les réseaux sociaux pour protester initialement contre une taxe sur le carburant, avant d’investir la rue et étendre ses revendications, « les Gilets jaunes », ce mouvement de contestation inédit, est devenu au fil des mois le porte-étendard du mécontentement d’une bonne partie des Français contre tout : la politique, la situation sociale, la situation écologique… et une aspiration très claire à ce que la parole de ceux qui l’ont peu dans le débat public soit mieux entendue. 

En réponse à cette contestation inédite, le gouvernement, décide de prôner dans un premier temps la fermeté face à cette force de protestation inhabituelle et les images peu reluisantes qu’elle envoie au monde entier, avant de changer de cap et opter pour un rééquilibrage de sa politique. Il lance alors un « grand débat national » sur les principales revendications des protestataires. 

Dans la foulée, une série de mesures économiques «d’urgence» sont annoncées, destinées à soutenir le pouvoir d’achat des ménages, surtout les plus modestes.

Mais bien qu’ayant montré des signes d’essoufflement, le mouvement des « Gilets jaunes » n’est pas donné pour autant comme mort, sa force de résurrection, qui étonne plus d’un, est scrupuleusement scrutée par les autorités et les médias, en raison de sa capacité de rebondir et de faire même des émules.

Et les émules, il n y a que cela en France. Enseignants, retraités, blouses blanches, avocats, pompiers, fonctionnaires, cheminots, agriculteurs, et… même policiers. La grogne semble gagner tous les secteurs.

Presque toutes les professions sont descendues dans la rue, durant 2019, pour réclamer une amélioration de leur niveau de vie et ou de leurs conditions de travail ou tout simplement dénoncer la politique du gouvernement.

A cela s’ajoutent les marches pour le climat qui ont sillonné les rues de plusieurs villes de France et les manifestations contre les féminicides, ce fléau sociétal dénoncé par les associations féministes qui crient à l’inaction de l’exécutif.

La France bouillonne. Et les chiffres sont là pour confirmer que l’hexagone bat le record des contestations et autres manifestations. Selon les dernières données de l’institut économique de la fondation Hans-Böckler, c’est dans l’Hexagone que l’on dénombre le plus de journées de grève pour 1.000 employés dans l'OCDE, avec 118 jours en moyenne par an, contre 88 et 74 jours de grève par an pour le même nombre de salariés respectivement en Belgique et au Canada, et seulement un jour de grève par an pour 1.000 employés en Suisse.

Face à cette situation, le gouvernement Macron, qui entame la seconde moitié de son mandat, décide de procéder à un rééquilibrage de sa politique socio-économique jusque là suivie et d’accorder une plus grande qualité d’écoute aux inquiétudes sociales, en multipliant les « grands débats » nationaux autour de toutes les questions et autres réformes polémiques. 

En dépit de tout cela, des colères continuent de s’exprimer. La dernière en date est celle contre le projet de réforme des retraites qui a rassemblé le 5 décembre dernier plus de 1,5 millions de manifestants, selon les syndicats et plus de 800.000, selon le ministère de l’intérieur, dans toute la France, pour une régression sociale. Une mobilisation symptomatique qui cristallise la colère des Français.

Les syndicats, pour leur part, n’entendent pas lâcher du lest. Revigorés après avoir un temps cédé la place, à leur insu, aux « Gilets jaunes », ils menacent de reconduire à l’infini la mobilisation jusqu’à la satisfaction de leurs revendications et partant forcer le gouvernement à revoir sa réforme polémique des retraites. 

Un conflit qui menace de perdurer et qui met mal à l’aise l’exécutif à l’approche des fêtes de fin d’année qui se profilent tout aussi chaotiques que celles de l’année dernière !