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2019, année de la relance des relations Maroc-UE sur de nouvelles bases

Rédigé le 16/12/2019
MAP - Amal Tazi


Bruxelles - L'année qui s’achève fera date dans l'histoire de la coopération entre le Maroc et l’Union européenne (UE) comme celle de la relance de leur partenariat cinquantenaire sur de nouvelles bases.

En cette année jubilé, les relations Maroc-UE ont franchi un nouveau pallier consacrant une coopération séculaire et distinguée, désormais placée sous le signe d'un partenariat euro-marocain pour une prospérité partagée qui implique un changement de paradigme fondé sur l'égalité.

Conforté par une vision royale claire pour un partenariat ambitieux, global et d’égal à égal, ce nouvel élan stratégique a été confirmé par les deux parties à l’occasion de la tenue, le 27 juin dernier à Bruxelles, de la 14ème session du Conseil d'Association Maroc-UE. Pour la première fois dans l'histoire des relations de l'UE avec un pays du voisinage, le Conseil a adopté une "Déclaration politique conjointe" qui jette les bases d'une nouvelle étape statutaire d'égal à égal et d'un "partenariat euro-marocain de prospérité partagée".

Perçu comme "un véritable jalon" pour une relation Maroc-UE renouvelée, pour reprendre les termes du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, le document traduit la volonté des deux partenaires de donner une nouvelle impulsion à leurs relations qui soit à la hauteur de leurs attentes et des enjeux du monde contemporain.

Loin d’être le fruit du hasard, l’évolution actuelle vient en couronnement de la dynamique de développement du Maroc et ses efforts qui ne cessent de renforcer son rôle et le placent sur la scène continentale à la faveur de la vision perspicace et du leadership de SM le Roi Mohammed VI. Les avancées réalisées sont telles qu’elles valent aujourd’hui au Royaume d’être un partenaire clé pour la recherche de solutions communes, qu’il s’agisse des questions de développement, de la migration, de la sécurité ou de la stabilité régionale.

A Bruxelles, les mérites de la vision royale sont reconnus. Lors de sa présentation des grandes lignes de la déclaration conjointe, Federica Mogherini, alors diplomate en cheffe de l’UE, avait salué "le développement de profondes réformes socio-économiques au Maroc, dans un contexte de stabilité et sous l'impulsion de son Souverain, SM le Roi Mohammed VI". Et d’ajouter que les vingt années de règne de SM le Roi "ont permis au Maroc d'approfondir son partenariat avec l'Union européenne tout en jouant pleinement son rôle à l'échelle du continent africain et sur la scène multilatérale et bien sûr régionale, en particulier dans le Nord de l’Afrique et le monde arabe".

Le nouveau "partenariat euro-marocain de prospérité partagée" lancé à cette occasion consacre cette démarche. Il vise à "approfondir davantage les relations bilatérales à la lumière des ambitions communes et des évolutions propres à chacune des parties, mais aussi de renforcer la coopération régionale et euro-africaine et de soutenir un multilatéralisme efficace".

Forts d'un partenariat d'égal à égal, construit depuis un demi-siècle, le Maroc et l’UE aspirent ainsi imprimer une nouvelle dynamique à leurs relations en capitalisant sur leurs acquis "considérables" qu’ils ont pu accumuler au service de leurs intérêts mutuels.

Cette évolution est particulièrement soulignée dans la Déclaration politique conjointe qui note que de simples voisins, les deux parties sont devenues de véritables partenaires porteurs d'une vision convergente de l'avenir de la Méditerranée et au-delà. Constatant qu'à la communauté objective d'intérêts créée par la géographie et l'histoire s'est ajoutée une communauté choisie de valeurs partagées, le Maroc et l’UE se disent conscients que leur environnement régional et global est "l'objet de défis de plus en plus complexes mais aussi d'opportunités nouvelles ». Celles-ci « détermineront le devenir de l'espace euro-africain et euro-méditerranéen, notamment le développement économique et humain, inclusif et équitable, l'innovation et le partage des connaissances, la protection de l'environnement et le développement durable, la justice, le dialogue-interculturel, la mobilité et la migration, les droits de l'homme et la bonne gouvernance", lit-on dans la Déclaration commune.

Parmi les piliers de cet espace régional, le partenariat UE-Maroc est présenté comme "plus que jamais nécessaire comme réponse à pareils enjeux", d'autant plus que "la stabilité politique et les réformes multiples menées par le Maroc en font un des partenaires clé de l'Union européenne dans la région" et "la convergence de vues sur de nombreux sujets permet de plus en plus à l'Union européenne et au Maroc d'articuler ensemble des réponses appropriées, en cohérence avec l'Agenda 2030 et les objectifs de développement durable".

Les deux partenaires entendent dans ce sens "tirer pleinement les enseignements de leur coopération passée, capitaliser sur les acquis de leur relation et approfondir davantage leur partenariat pour renforcer son efficience et son efficacité en tenant compte des possibilités ouvertes par le Statut avancé de 2008 et de son potentiel" en faisant le meilleur usage de "la flexibilité offerte par la Politique Européenne de Voisinage".

Forts de leur expérience commune, le Maroc et l'UE s'engagent aussi à préserver le partenariat les unissant, à consolider sa résilience et sa stabilité ainsi qu'à assurer sa continuité face à d'éventuelles difficultés, notamment à travers une concertation précoce, une coordination renforcée et le recours aux structures de travail prévues par le partenariat.

Dans cette optique, les deux partenaires s'emploieront à définir un nouveau cadre de relations global et résilient. Concrètement, ils entendent s'appuyer sur les principes ayant toujours guidé leur partenariat (solidarité, respect mutuel, transparence, clarté, différenciation) et les orientations devant structurer leur relation pour les prochaines années.

Ainsi, sur le plan bilatéral, le "Partenariat euro-marocain de prospérité partagée" s'articulera autour de quatre espaces structurants, à savoir "un Espace de convergence des Valeurs", "un Espace de convergence Economique et de Cohésion sociale", "un Espace de Connaissances Partagées" et "un Espace de concertation politique et de coopération accrue en matière de sécurité. S’y ajoutent deux autres axes fondamentaux à caractère horizontal qui feront aussi l'objet d'actions opérationnelles spécifiques, à savoir une coopération en matière d'environnement et de lutte contre le changement climatique et une coopération en matière de mobilité et de migration, qui se renforceront mutuellement.

Le nouvel élan stratégique donné aux relations maroco-européennes à l’occasion du dernier Conseil d'Association Maroc-UE est conforté également par la nouvelle position de l’Union européenne sur le Sahara marocain, un dossier sur lequel l'UE et le Maroc adoptent pour la première fois "un langage commun", avait assuré Mme Mogherini qui y voyait "un des résultats les plus importants, les plus positifs, et qui nous donne de l'espoir pour le futur".

Dans leur Déclaration politique conjointe, un document inédit dans l’histoire des relations de l’UE avec un pays du voisinage, les deux partenaires "réaffirment leur appui aux efforts du Secrétaire général de l’ONU pour poursuivre le processus politique visant à parvenir à une solution politique, juste, réaliste, pragmatique, durable et mutuellement acceptable" à la question du Sahara marocain, "qui repose sur le compromis", en conformité avec les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations unies, notamment la résolution 2468 du 30 avril dernier.

L’UE, précise la Déclaration politique conjointe, "prend note positivement des efforts sérieux et crédibles menés par le Maroc à cet effet tels que reflétés dans la résolution susmentionnée et encourage toutes les parties à poursuivre leur engagement dans un esprit de réalisme et de compromis, dans le contexte d’arrangements conformes aux buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies".

La nouvelle doctrine de l’UE sur la question nationale écarte toute référence à "l’autodétermination" et s’aligne sur la position onusienne exprimée dans la dernière résolution qui privilégie le pragmatisme, le réalisme, la durabilité et l’esprit de compromis.